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Die Schickse - extrait audio 1

Die Schickse - extrait audio 1

Et Moïse se plongeait au milieu des seins de Sarah en la secouant comme un prunier  : "Moïse, tu es trop violent, il faut être gentil avec les femmes", et Moïse grimpait le long du corps ferme et charnu de Sarah et se fabriquait des moustaches avec ses longs cheveux noirs éparpillés sur ses épaules. "Sarah, je t'aime, tu es ma fiancée, un jour tu seras ma femme !"
La mère de Moïse admirait les longs cheveux noirs de sa soeur et chaque vendredi passait une heure à les soigner à la lueur de la bougie. Elle les nattait, les huilait, les bouclait, les brossait, les brûlait, chaque fois qu'elle le pouvait et elle en était fière. Si elle recevait des voisins, elle ne s'empêcherait pas de dire  : "Les cheveux de Sarah étaient les plus beaux de Djamboul, même à Bornheim je n'ai pas vu les mêmes. Corbeaux, ils sont corbeaux. Nous ne les avons jamais coupés, juste les pointes, uniquement les pointes. Mon frère Petit-Moïse avait les mêmes, mais il a eu trop de soucis, il a eu du stress, disait-elle en roulant le r en grimaçant, il a eu du stress en Amérique et il aura encore du stress avec les maisons de votre père", car à chaque repas les deux fils étaient présents, Moïse et Sami prénommé Salami depuis sa plus tendre enfance. Willy n'était pas né. Moïse ne supportait pas quand elle parlait de la chevelure de Sarah, il devenait furieux, peut-être est-ce à ce moment-là qu'il éprouva la première fois de la jalousie.
Une nuit, lorsque Sarah dormait, et Moïse dormait souvent chez Sarah, il n'avait pas ses crises et faisait moins pipi au lit, il s'endormait plus facilement dans les bras de Sarah, une nuit Moïse se leva du petit lit de fortune que Sarah avait fabriqué spécialement pour lui. Il avait tout préparé, la bougie, le sac en papier, les ciseaux. Sarah avait les cheveux dénoués et ils s'étalaient au moins autour d'elle à un mètre cinquante de son visage. C'était merveilleux à la lumière de la bougie. Moïse coupa extrêmement minutieusement la chevelure adorée, la mit dans le sac préparé à cet effet qui avait contenu le chou que Sarah avait rapporté du marché ce matin-là, mit le sac sous sa couche et s'endormit.
Sarah se levait toujours à cinq heures du matin et faisait sa toilette, c'est pour cela d'après Moïse lui-même qu'il sut très tôt comment était confectionnée une femme, et les seins de Sarah le faisaient mourir de bonheur, des seins comme cela il n'en reverrait jamais, il les gravait dans sa mémoire comme un tatouage sur la peau. Sarah avait les fesses un peu lourdes mais comme Moïse n'en avait jamais vu d'autres il pensait que c'étaient les plus belles que la terre n'ait jamais engendrées.
Quand Sarah revint du marché le lendemain matin, elle s'était fait un chignon, et depuis ce jour-là porta un chignon prétendant que les cheveux longs faisaient vulgaire, et que le chignon faisait plus moderne et qu'elle avait décidé que sa soeur ne prendrait plus soin de ses cheveux et qu'elle avait pris la décision d'aller pour la première fois de sa vie chez le coiffeur et que sa décision était définitive. La mère de Moïse ne parla pas à Sarah pendant trois jours, mais elle ne parla pas à Moïse non plus, ni à Salami, ni au père qui se fichait pas mal des cheveux de Sarah et des cheveux de sa femme.
Lui, il claquait la porte de sa voiture en arrivant à la maison, claquait la porte de l'appartement en entrant dans l'appartement, claquait la porte de la salle à manger en pénétrant dans la salle à manger, mettait les pieds sous la table, mangeait sa soupe en rotant, se levait, reclaquait la porte de la salle à manger, de l'appartement, de sa voiture et allait jouer aux cartes, et quand je joue aux cartes avec Moïse il me dit, toujours très fier : "Quand j'avais vingt ans, je jouais aux cartes tous les soirs, comme mon père", tout en battant les cartes avec l'habileté d'un prestidigitateur averti, sans oublier de les faire grésiller dans ses mains comme un distributeur automatique. "Je jouais au poker tous les soirs, je pourrais être comme cela maintenant, mais je suis sage, je ne joue pas aux cartes, je ne vais pas voir les filles, je suis un saint, enfin presque..."
Pour sa mère Moïse était un démon. "Mon fils fait du théâtre et il est marié avec sa pute française qui l'a ensorcelé !"

Die Schickse
Roman
1996

Die Schickse : Mot yiddish, signifiant de façon dédaigneuse : traînée, garce, salope, non juive.

" Die Schickse est un grand roman, prenant, sur l'amour d'une non juive et d'un juif dont la famille ne peut pas accepter la relation, avec en filigrane l'histoire allemande et l'holocauste."
Présentation de l'éditeur Schöffling.

> www.schoeffling.de (Editions)

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